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Le singe et le chapelier
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| En des temps très anciens
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| Et un lieu encore plus lointain
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| Un chapelier qui se rendait au marché
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| Avec le produit de son atelier
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| Après avoir déjeuné d’un kebab
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| Son chapeau sur le nez
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| Les autres entre ses pieds joliment empilés
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| Piqua un roupillon sous un vaste baobab.
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| Ce que l’artisan ignorait
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| C’est que dans cet arbre sévissait
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| Une bande de singes, grotesques et pouilleux
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| Qui ne l’avait pas quitté un instant des yeux.
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| À son réveil le malheureux découvrit
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| Qu’avait disparu de son labeur le fruit
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| Et alors que sur son sort il se lamentait
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| Le raffut des singes hilares l’alertant
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| Il découvrit les coupables qui jouaient
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| À s’échanger les chapeaux en se chamaillant.
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| Furieux et ne sachant que faire
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| D’horribles dettes l’esprit embrumé
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| Il jeta de rage le chapeau à terre
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| Qui durant sa sieste avait abrité son nez.
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| Alors même qu’il se croyait perdu
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| Tombèrent autour de lui en pluie fort drue
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| Melons, panamas et casquettes qu’imitant son geste
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| Les singes jetaient à terre sans demander leur reste.
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| Ni une ni deux, notre chapelier rassembla
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| Ces couvre-chefs et pris la poudre d’escampette
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| Mais de retour chez lui il avait la grosse tête
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| Car des années durant il se vanta
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| Devant petits et grands que cet exploit laissait muet
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| D’avoir jeté son chapeau à terre tout exprès
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| Connaissant des singes larrons
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| Le sens aigu de l’imitation.
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| L’histoire pourrait s’arrêter là, mais
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| Il y en a, c’est importun !
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| Au moins toujours un
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| Car l’histoire ne s’arrête jamais !
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| Le temps donc passa, notre chapelier mourut
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| Son aîné puis l’aîné de ses petits-fils
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| Reprirent successivement son office
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| Et c’est ainsi qu’un jour après les crues
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| Son descendant prit le chemin du marché
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| Pour y vendre le produit de son atelier
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| Et qu’innocemment, il s’arrêta pour pioncer
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| Auprès du même baobab
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| Sous lequel son aïeul après le kebab
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| Avait fait la sieste, son chapeau sur le nez
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| Les autres à son côté bien joliment empilés.
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| À son réveil, notre chapelier effaré s’aperçoit
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| Que ses chapeaux chéris ont disparu
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| Et ne met qu’un instant, qui l’eut cru
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| À comprendre qu’encore cette fois
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| Les méchants singes maintenant perchés
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| De sa cargaison se sont emparés
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| Et comme il se remémore
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| De son aïeul le matamore
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| Il jette le chapeau qu’il a sur la tête
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| Pour piéger les petites bêtes
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| Mais, pour sa plus grande déconfiture
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| Comme sur le têtard se précipite la grue
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| Un singe, nu-tête, sur ce chapeau se rue
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| Et coiffé, s’échappant à toute biture
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| Lance au chapelier KO les yeux ouverts
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| « Y pas que toi qui a un grand-père !»
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TYPP PomHebdo #306 15 décembre 2007 46°30' 43''N 6° 36' 8''E
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