Soldes
C’est kwa la poésie
Demandait le connard de sévice
À un corbeau littéraire
De plateau télé réchauffé
Prétentieux sot bavard
Tartiné de poncifs
Petit doigt en crochet
Suçoteur de concepts
Aussitôt dit, obsolètes
La poésie personne sait ce que c’est
Le poète encore moins que les autres
Mais comme tout un chacun
Ça l’empêche pas de causer
La poésie c’est l’envers du boulet
Que tu pousses devant toi
Suspendu à ton inspiration
Par le cou
La poésie c’est un chancre
Le poète en est l’hôte, le maître
Le traitre mot, l’atlas et le chantre
Passque l’oiseau dans la cage
C’est pas de bonheur qu’il chante
Mais de rage !
La poésie c’est aussi
Un jeu d’enfant
Qui découvre qu’on peut dire
Je suis plus petit
Qu’une souris
Et juste après, plus grand
Qu’un éléphant
La poésie c’est en pleine ville
Battre la campagne
La poésie c’est
Être aveugle au grand jour
Et tout voir dans le noir
La poésie c’est un informe
Grouillement de lettres et de vers
Dressé à la sueur de ton fouet
La poésie c’est
Inlassablement tracer
D’innombrables huit
À l’endroit
Et à l’envers
La poésie c’est une échelle de soie
Dressée vers le Cosmos
Quand du jour de ta naissance
Toi, tu ne fais que descendre
La poésie c’est encore
L’étonnement du poisson
Qui a sauté hors de l’eau
Le temps qu’il retombe
La poésie c’est les sommets
Atteints à force
De tirer sur ses bretelles
La poésie c’est
Monté sur un escabeau
Faire l’autruche
Le nez dans les étoiles
La poésie c’est
Un voyage autour du monde
Pour le prix d’un ticket de bus
Un fruit très exotique
Dans une barquette en plastique
L’aïe dans le bigot
De la pensée unique
Une secousse éclectique
Une bouffée de gingembre
Superbement pimentée
Dans l’air conditionné
D’une époque incohérente
Mais
Avant tout
La poésie c’est
Jouer au ping-pong
Avec ta tronche
Peinte sur la balle
TYPP PomHebdo #284 21 janvier 2007 46°30' 43''N 6° 36' 8''E