La mouche du Pape
En ce temps là pour devenir moine
Il fallait savoir la Bible par cœur
Renoncer aux grands et aux petits bonheurs
Et surtout se soumettre aux épreuves idoines.
Certaines étaient épouvantables
Et la dernière carrément redoutable
Pas un sur mille n’y survivait.
Accroche ta ceinture
Pour une insupportable lecture
Voilà en quoi elle consistait.
Dans une cellule hermétique
Il fallait résister
Un jour entier
Enfermé avec mille mouches frénétiques
Un bataillon de piranhas volants
Affamés et voraces
Dont chacun valait trois taons
Ceci, sans perdre la divine grâce
Sans blasphémer, sans douter, ni maudire
Sans, de ses vœux, se dédire
Sans se demander pour quoi pareille iniquité
Sans cesser ne serait-ce qu’un instant de prier .
Autant dire que tous étaient détruits
Sous cette torture ayant renié ou maudit
À la grande consternation
De la congrégation
Qui les voyait sortir de la terrible cellule
Ravagés, couverts de honte et de pustules.
Or, voilà t’y pas, qu’un jour, miracle !
Alors qu’il ne s’était jamais rien distingué
Un moine anonyme mit fin à cette débâcle.
Soumis, dans la cellule à l’épreuve redoutée
Il en sortit, lui, rose et frais comme un poupon
Sans l’ombre de la plus petite piqûre au front.
L’auréole qu’on lui tressa
Aux plus hauts sommets le propulsa
D’abord moine en chef, puis abbé
Il accéda sans intrigue à la papauté
Et devint, il n’avait pas vingt ans
Le plus jeune pontife de tous les temps
Pour un règne d’une sainteté mémorable
Animé par une sagesse incroyable
Qui ternit l’auréole de ces prédécesseurs
Et combla l’époque de mille douceurs
Dans ces conditions
On comprendra que sa réputation
D’intercesseur privilégié
Avec le Très Haut tant révéré
Atteignit de son vivant déjà
Les sommets de l’Himalaya
Au point qu’on pensa qu’il avait
Qu’ils étaient naïfs, qu’ils étaient frais !
Le numéro
Perso
Du maître des cieux
Mais si belle histoire ne peut
Par le jeu d’un destin bancal
Que finir pis que mal
Vous pouvez d’ailleurs commencer
A vous pincer le nez
Car, à la fin de sa vie
L’Église pleine d’envie
Le pressa de le communiquer
Ce numéro, à son héritier
Mais rien n’y fit
Le vieux papou le gardait pour lui
Si bien que le Grand Inquisiteur
Qui lui servait de confesseur
N’en crut point ses orneilles
Au point que se dressèrent ses tifs
Et se ratatinèrent ses orteils
Quand, au chapitre de la mort
Le vénérable pontife
Dont ce fut le seul tort
Confessa
Que ce jour-là
Par une astuce préméditée
Dont vous aurez bientôt la clef
Dans la cellule aux mouches voraces
Qui avaient eu raison des plus coriaces
À peine entré il se précipita pour poser
Dans un coin, onctueuse et fumante
Une pêche aussi énorme que puante
Pensez ! Une semaine sans déféquer !!
Pêche qui vit les mouches se ruer
Laissant à notre malin, tout le loisir
Dans l’autre coin
Sans faire de foin
De s’étendre et de dormir
Pour ressortir frais comme un gardon
Son auréole cousue au front.
Alors comment, me direz-vous
Cela ne figure pas dans l’Histoire officielle
Que les livres n’en disent rien du tout ?
(Je l’attendais cette question additionnelle)
Et bien, plutôt que de révéler
Cette ruse déculottée
Presque un poisson d’avril
Mais, propre à mettre l’église en péril
L’Inquisiteur se pendit à son rosaire
Et fila illico à la droite de Lucifer.
Comme on va le voir
Y a deux morales à cette histoire
Une pour le maître des horreurs
Cet enfoiré d’Inquisiteur :
Si te déplaît ce qu’on te répond
Abstiens-toi de poser la question
La seconde est trop belle
Et elle est universelle :
Mieux vaut ne pas trop savoir
Le comment d’une grande gloire
P.-S.
Il y en a une troisième de morale
Celle-là c’est pile-poil
Du genre qui plaît énormément
À très, mais alors, très très peu de gens
Pass’k’après tout
Entre moi et vous
Vu comm’ça, la téloche, plus k’ça pue
Plus k’les mouches elles ont le nez dessus.
 
 
TYPP PomHebdo #243 16 octobre 2005 46°30' 43''N 6° 36' 8''E