Un savant, passant pour sage de surcroît
À la recherche de la Vérité
Sa vie entière, en vain, consacra
Les plus grands maîtres il avait écouté
Tout compté, tout calculé, tout lu
Mesuré, pesé, comparé, parcouru
Des sept mers et des cinq continents
Il connaissait chaque langue, chaque arpent
Et avant d’avoir cent ans, notre homme
Eh bien, c’était déjà tout comme.
De son côté, la Vérité au fond de son puits
De science et il faut le dire, d’ennui
Pensez ! Personne ne la trouvait
Depuis dix mille ans qu’elle se morfondait
À suivre les efforts de ces insomniaques
Toujours à côté de la plaque.
Alors, un jour, au dépit de l’interdiction
Dictée par un impitoyable chef de rayon
Sur un de ces coups de tête
Mon Dieu que c’est bête !
De rendre visite à notre savant se décida
Et toute nue, à sa porte, par un beau soir, frappa !
Toc ! Toc ! Toc !
Notre savant à entendre ces trois coups,
Croyant avoir à faire
À quelque importun hère
Quitta sa table en grand courroux
Mais il resta, à entrouvrir le battant
Comme trois fois deux ronds de flancs.
Puis, laissant éclater sa colère
L'inconnue du haut en bas dévisagea
L’invectivant de façon grossière
Hurlant qu’il n’avait pas de temps pour ça
Qu’il cherchait la Vérité, lui, point basta !
Et alors que, naïve, elle s’apprêtait
À lui dire qu’elle était celle qu’il recherchait
Sans autre forme de procès, le vénérable gaga
La porte, au nez de la Vérité, claqua !
TYPP PomHebdo #240 18 septembre 2005 46°30' 43''N 6° 36' 8''E